HULLABALOO, 2010

Fresque digitale et évolutive régie par un algorithme.
WWW.QUBOGAS.COM/HULLABALOO

Commande de la MRES (Maison Régionale de l’Environnement et des Solidarités) pour les 30 ans de l’association.
Sous la médiation d’artconnexion, dans le cadre du programme des Nouveaux Commanditaires de la Fondation de France.
An online new media artwork for 30th birthday of MRES non profit organisation (Maison
WWW.ARTCONNEXION.ORG

Collaboration 
David Deraedt (Flex / Flash Action Script 3 / PHP)
Musique / Music : Olivier Durteste & Qubo Gas, p&c Qubo Gas
© photo : Paul Tahon

Hullabaloo, c’est un espace gris où évoluent des individus en communautés. Un cycle de vie. Des paysages. Des territoires. Des échanges.

Les mouvements de caméras donnent une vue d’ensemble ou zooment sur les actions en cours. Les travellings sont souvent doux, parfois plus dynamiques. Ils glissent sur un espace plan, révélant une carte colorée et animée d’individus papillonnant sur leurs territoires respectifs.

Sur le plateau, il y a au maximum trois paysages, finis ou en construction. La caméra s’approche du paysage en développement, où les individus se rencontrent pour donner naissance à de nouveaux éléments de décor. Il existe une douzaine de paysages, une douzaine de communautés, avec une communauté par paysage. Chaque territoire, comme chaque communauté, possède son identité colorée et formelle. Des courbes, des hachures, des couleurs tendres ou vives, des aplats, des dégradés… Un vocabulaire graphique riche et foisonnant, où abondent détails et subtilités.

Dans Hullabaloo, des paysages naissent grâce à la coopération des différents individus, arrivent à maturité, déclinent et s’effacent. La disparition d’un élément de paysage laisse une trace blanche sur le fond gris, à la fois ténue et légère comme une persistance rétinienne. Souvenir, vestige, patrimoine ou empreinte : le témoignage d’une civilisation passée laissé aux générations futures.

Au cours de leur vie, les individus se reproduisent, migrent, rencontrent les membres d’autres communautés, créent de nouveaux paysages à partir de rien, ou donnent leur marque de fabrique à des paysages déjà existants, créés et occupés par d’autres.

Complètement autonome, le logiciel est pensé pour évoluer à l’infini. Trois évènements peuvent cependant casser le cycle, le faire progresser ou tout détruire pour repartir de zéro. Quand trois individus de communautés différentes se rencontrent en un point précis, il y a association : tous les éléments des trois paysages prennent la teinte de l’un des paysages, tandis que les éléments graphiques restent les mêmes.
Il y a fusion quand un individu leader en rencontre deux autres à un point précis. Les éléments graphiques du paysage leader vont alors remplacer les éléments des autres paysages, pour ne plus faire qu’un seul territoire.
Le troisième élément perturbateur est la désolidarisation : tout disparaît. Ne restent que deux individus, pour qui tout est à faire. C’est le début d’un nouveau cycle sur fond gris.

Les bases sont claires, mais attention : à l’image des organisations humaines, les réseaux de Hullabaloo ne sont pas toujours facilement identifiables. Les paysages successifs peuvent présenter des similitudes, les limites ou frontières ne sont pas forcément toujours évidentes, et les différents individus, très mobiles sur l’ensemble de la carte, savent aussi faire preuve de mixité. Réinitiées à chaque ouverture de la page web, les actions sont toujours différentes et prennent un certain temps pour se dérouler. Visuellement récréatif et délicatement travaillé, le projet ne s’arrête pas à ses qualités graphiques. Pour sa musique et son graphisme étoffé, on peut l’apprécier au premier degré et y passer seulement quelques minutes, mais pour comprendre en substance la poésie et les enjeux que Hullabaloo recèle, il faudra lui accorder un peu plus de temps et d’attention.

Au départ de Hullabaloo, il y a le dessin. Des éléments abstraits et colorés sont dessinés à la main sur papier, puis scannés. Ils deviennent une base de données pour un logiciel aux algorithmes compliqués, régi par une série de règles, d’exceptions, de contraintes. En amont de l’apparente légèreté de Hullabaloo, il y a des heures de dessin en atelier, suivies d’un important travail de programmation, pour créer un logiciel dédié.

Comme dans tout travail de Qubo Gas, la musique est une composante majeure de Hullabaloo. Jef Ablézot et Morgan Dimnet ont travaillé avec le musicien Olivier Durteste. Entre spontanéité et expérimentation, à l’aide de vieux synthétiseurs analogiques, ils ont créé le répertoire de sons qui accompagnent toutes les actions, sur une trame sonore étrangement zen, entre la tonalité du téléphone et le bol chantant. Les sons appuient les rencontres, les naissances d’individus ou d’éléments paysagers, et intensifient le fourmillement général.

En plus d’éléments graphiques et sonores familiers, on retrouve dans Hullabaloo les préoccupations habituelles de Qubo Gas. La construction, la déconstruction, la mise en place progressive des différents éléments, et la disparition, qui précède simplement le renouvellement, sans pessimisme aucun. L’originalité formelle de Hullabaloo réside entre autres dans les mouvements de caméra, qui vont suivre les actions du trépidant panorama. Plus symboliquement, la coopération entre individus et communautés, les contours flous des réseaux et des rôles de chacun, sont des apports évocateurs des recherches du trio… des questions qui touchent Qubo Gas au quotidien dans l’élaboration de son travail et qui trouvent ici leur expression graphique.

Céline Luchet.